Asie

Le Meghalaya, région la plus pluvieuse au monde

Pont de racines, Meghalaya, Inde

Mon premier est un endroit où les femmes règnent dans un pays d’hommes. Mon second est la région où le village le plus propre d’un continent se trouve dans le pays le plus pollué du monde. Mon troisième est un endroit où les ponts sont vivants. Mon quatrième est un endroit où l’on peut y trouver des menhirs. Mon cinquième est l’endroit où il pleut le plus dans le monde. Mon tout est situé… en Inde. Qui suis-je ?

Le Meghalaya en quelques mots

La région du Meghalaya est située dans la partie Nord-est de l’Inde (celle qui est quasi-séparée par le Bangladesh). Il s’agit d’un des états les moins peuplés du pays : il abritait en 2016 un peu plus de 3 millions d’habitants sur 22 000 km², soit 132 habitants/km². Autrement dit, de la gnognote par rapport à la ville indienne de Bombay et ses 23 000 habitants/km² ! Le Meghalaya est donc une destination intéressante pour ceux qui souhaitent découvrir l’Inde sans subir la foule et qui n’ont pas peur du mauvais temps. Mais elle possède bien d’autres arguments, que vous ne retrouverez pour le coup nulle part ailleurs 😉

Voici un fabuleux plan sponsorisé par Google Maps

Ce qui fait la spécificité du Meghalaya

Voici une petite mise en bouche de ce qui vous attend…

12 mètres de pluie annuelle

J’ai choisi de vous faire découvrir cet endroit pour 4 raisons (oui, tant que ça !) : la première est que la région du Meghalaya est la championne du monde toute catégorie en pluviométrie, d’où son nom qui signifie « Demeure des nuages » en sanskrit. La ville de Cherrapunji a été arrosée de 26 mètres de pluie en un an (!!) en 1860 et a vu s’abattre sur elle plus de 9 mètres d’eau en un mois seulement en 1861. La ville de Mawsynram reçoit quant à elle en moyenne plus de 11 mètres de pluie annuelle, ce qui en fait la ville la plus humide du monde et lui vaut une inscription sur le Livre Guinness des records. Pour rappel, les régions les plus pluvieuses de Bretagne atteignent tout juste 1,4 mètre de précipitations annuelles !

Même par satellite, on voit bien la différence de verdure !

Cette humidité permanente a permis à une vaste zone subtropicale de s’étendre, dans laquelle subsistent des forêts primaires (ou forêts vierges). Dans cette zone boisée qui recouvre 70 % du Meghalaya, une formidable biodiversité a pu s’y développer, protégée aujourd’hui au sein de trois sanctuaires et deux parcs nationaux que l’on peut visiter. Une petite partie de la forêt de cette région est réservée au culte des divinités locales et est ainsi à l’abri de toute exploitation humaine : il s’agit des « sacred groves ». On peut retrouver également une large palette de variétés de fleurs et de multiples animaux tels que des éléphants (il y subsiste une des plus grandes races d’éléphants asiatiques), des pandas roux, des civettes… mais aussi des crocodiles et des serpents.

Des ponts organiques surprenants

Il s’agit de THE attraction touristique du coin : le Meghalaya vous offre la possibilité de découvrir une architecture totalement unique et organique au travers de ses ponts. Je m’explique : l’humidité permanente rend impossible la construction de ponts en bois (qui pourrissent), aussi les autochtones ont développé une technique unique pour mettre à profit les racines des arbres à caoutchouc et les “tresser” en de fabuleux ouvrages qui se solidifient avec le temps. Une structure en bambou aide à donner la forme finale et, lorsqu’elle se met à pourrir, les racines peuvent déjà supporter le passage d’un homme. Plusieurs ponts de ce type peuvent être traversés dans la région. Il s’agit d’un magnifique exemple d’architecture sur le long terme : il faut en effet entre 10 et 15 ans pour qu’un pont devienne « opérationnel » !

Un décor plutôt sympathique pour une pause pipe.
© Crédit photo : Arshiya Urveeja Bose / Flickr / CC BY-NC-ND 2.0

Une des plus grandes sociétés matriarcales du monde

Si la condition des femmes en Inde est une des pires du monde, la population du Meghalaya fonctionne pourtant selon un système matriarcal. Il existe en effet 3 groupes ethniques majeurs : les Khasis (⅓ de la population), les Garos (⅓ de la population) et les Jaintias (⅕ de la population). Lors d’un décès, titres et propriétés de la famille sont transférés à la cadette de la famille. La tradition est si forte que lorsqu’il n’y a pas de fille à qui léguer les propriétés familiales, il est courant d’adopter une fille d’une autre famille ou de choisir une nièce plutôt qu’un fils ! Ce système est adopté aujourd’hui par la grande majorité des habitants du Meghalaya, mais commence à subir des pressions de certains hommes qui trouvent qu’il faut « moderniser » la cellule familiale. Il y a même un mouvement de libération des hommes (Symbai Rimbai Tong Hai) qui s’est formé ! Pour en savoir plus sur comment fonctionne ce système au quotidien et sur ses enjeux, je vous conseille de lire ce très bon article en français.

Le village le plus propre du monde

Dernier fait étonnant, et non des moindres étant donné que l’Inde abrite 14 des villes les plus polluées de la planète : le village le plus propre du monde se trouve lui aussi en Inde. Mawlynnong regroupe 600 âmes et a obtenu le titre de village le plus propre d’Asie en 2003, ce qui a beaucoup contribué à son rayonnement à l’international et à l’essor du tourisme local. Une tradition qui trouverait ses racines dans le fait qu’il s’agit d’une société matriarcale et qui est donc plus propre et mieux rangée (ce n’est pas moi qui le dis, alors baissez tout de suite vos fourches !) et qui ferait aussi suite à une épidémie de choléra il y a 130 ans de cela qui a été enrayée grâce à un grand nettoyage de printemps.

Mawlynnong, Meghalaya, Inde
Vue du village nickel-chrome de Mawlynnong
© Crédit photo : Alexander / stock.adobe.com

Le Meghalaya au fil des siècles

L’état du Meghalaya n’existe que depuis peu, lorsque deux districts de la région voisine Assam et celui de Monti Garo ont fusionné. Auparavant, le Meghalaya était scindé en trois royaumes, chacun occupés par une des tribus locales (Khasis, Garos et Jaintias si vous avez bien suivi).

Pendant longtemps, ces trois tribus ont réussi à préserver leur indépendance de l’Inde et de la Birmanie et possédaient chacune leur propre organisation politique locale (ce qui est, d’ailleurs, toujours d’actualité !). L’arrivée des Britanniques en Inde au XIXe siècle a obligé ces trois royaumes à se ranger sous la bannière indienne, même si leur autonomie a été préservée pendant quelque temps avant d’être abolie au début du XXe siècle.

Après avoir été placé sous la tutelle de l’Assam en 1912, le Meghalaya a retrouvé son autonomie complète lors de la publication de la loi sur la réorganisation des territoires du nord-est en 1971, qui a été officialisée le 21 janvier 1972.

La tradition est toujours très présente. Ici, un festival de danse traditionnelle ! 
© Crédit photo : Saurabh Chatterjee / Flickr / CC BY-NC-ND 2.0
© Crédit photo : Saurabh Chatterjee / Flickr / CC BY-NC-ND 2.0

Malheureusement, on ne connaît presque rien de l’histoire de cette région avant le débarquement des Britanniques, les langues locales étant exclusivement orales jusqu’à l’arrivée de l’alphabet latin et du christianisme au XIXe siècle.

La boîte à outils de l’explorateur

LangueL’anglais est la langue officielle du Meghalaya, il n’y a pas besoin de connaître l’Hindi pour se faire comprendre. En revanche, le khasi (qui a été un temps classé « en danger » par l’Unesco) est parlé par la plupart des habitants et est utilisé à la radio et à la télévision. Le garo et le pnar sont également parlés par les autochtones.
MétéoIl s’agit d’une région montagneuse au climat tempéré qui peut être visitée toute l’année. La partie la plus élevée, autour de la capitale Shillong, dépasse rarement les 28 degrés et les températures négatives ne sont pas rares. Les montagnes sont souvent recouvertes de brouillard en hiver, ce qui vaut à la région d’être comparée à l’Ecosse. Dans les zones situées à basse altitude, vers l’ouest, le climat est plutôt chaud la plupart du temps (et humide, forcément). Il s’agit peut-être d’un des seuls endroits au monde où l’arrivée de la mousson, entre mai et septembre, revêt un caractère touristique  à lui tout seul…
ArgentComme partout en Inde, on utilise la roupie indienne (INR). En date du 28 octobre 2018, 1 € = 83,55 roupies.
NourritureEn dehors des plats chinois et indiens, les visiteurs peuvent découvrir une cuisine typique du coin très différente du reste de l’Inde, souvent épicée (pour combattre le mauvais temps !). On peut retrouver pêle-mêle la soupe « Nakhmam Bitchi » à base de poisson séché, du porc au curry « Doh-neiiong » avec du sésame noir, du riz vapeur Pumaloi ou gluant, des champignons lors de la mousson ou encore de la bière au riz fermenté…
ConnectivitéLes hébergements ne proposent pas tous le wifi mais Shillong propose plusieurs hotspots auxquels on peut se connecter. En dehors des grandes villes, mieux vaut ne pas trop espérer. A noter qu’Internet a été débranché par le gouvernement en 2018, pendant 48h, afin de prévenir la propagation d’éventuels messages pouvant perturber l’ordre public via les réseaux sociaux. Enfin, des coupures d’électricité peuvent avoir lieu !
SantéComme pour partout en Inde, il convient d’être vacciné pour les « classiques » : diphtérie, tétanos, polio, coqueluche, hépatite A, hépatite B, ROR. A cela s’ajoutent un vaccin conseillé contre la fièvre typhoïde, un autre contre la méningite (en cas de long séjour), un en préventif contre la rage et un contre l’encéphalite japonaise. En bref : la totale. Rien n’est obligatoire, mais c’est à vos risques et périls. Concernant l’eau, ne buvez pas celle du robinet. Des cas de grippe porcine (H1N1) se sont déclarés dans la région en automne 2018.
Coutûmes localesIl peut arriver que l’on vous offre de la noix de bétel en tant que marque d’hospitalité : il s’agit d’une noix à chiquer, offerte dans une feuille. Elle est connue pour ses propriétés stimulantes, mais aussi plus tristement pour sa capacité à rendre « addict » (comme la nicotine) et à générer des cancers. En plus, elle colore les dents et les gencives en rouge, ce qui explique pourquoi certains murs en Inde sont tachés : il s’agit des zones où les locaux jettent leur chique. Vous voilà prévenu !

Un peu de logistique…

Comment aller dans le Meghalaya ?

L’aéroport d’Umroi, à 45 km de Shillong (capitale de la région), propose quelques vols domestiques en provenance de Calcutta avec Air India (compter environ 50 € l’aller simple). Il existe un autre aéroport à 100 km de Shillong qui dessert plus de villes : Guwahati, dans la région voisine d’Assam (attention, il faut compter 3h de route !). C’est aussi la ville la plus proche du Meghalaya qui dispose d’une gare ferroviaire. Un service de bus assure la connexion entre les deux villes.

Pour se déplacer à l’intérieur de Shillong, il est recommandé d’utiliser les taxis jaunes qui sont là-bas un moyen de transport collectif. Il est possible d’en louer un à la journée, ce qui est la meilleure option pour se déplacer. Il existe aussi deux types de bus pour se déplacer dans Shillong: les « city bus », que peuvent utiliser les touristes, et les « bazar bus », plutôt à destination des locaux.

D’autres bus assurent la liaison entre les différentes parties de la région mais sont rares et peu pratiques pour les touristes. Le peu d’infrastructures existantes en termes de transport et d’hébergement vous obligera à planifier à l’avance votre séjour et à utiliser Shillong ou Guwahati comme base. Plusieurs organismes proposent des visites guidées.

Où dormir dans le Meghalaya ?

Il n’y a guère qu’un peu plus d’une centaine d’établissements sur Booking, pour beaucoup des guests houses qui proposent un petit-déjeuner. Compter entre 20 et 50 € pour une chambre pour deux. Si ça ne suffit pas, l’office du tourisme de la région propose toute une liste d’hôtels, guest houses et bed & breakfast !

La très grande majorité des établissements est répartie entre Shillong et Guwahati.

Que faire dans le Meghalaya ?

Ceux qui aiment le trekking vont se régaler : il y a tellement de choses à savourer à pied ! Vous pouvez traverser les ponts vivants, chercher les nombreuses cascades (dont les imposantes Elephant Falls), faire le tour de plusieurs lacs, visiter des forêts sacrées, déambuler dans les parcs naturels ainsi que dans des grottes toutes plus folles les unes que les autres.

La grotte Mawmluh à Cherrapunji, Meghalaya.
© Crédit photo : Abhijeet / stock.adobe.com
La cascade Nohkalikai, proche de Cherrapunji.
© Crédit photo : Santanu Sen / Flickr / CC BY-NC-ND 2.0

La nature est vraiment ce sur quoi vous devez capitaliser si vous décidez d’aller dans le Meghalaya. La région ne compte en effet que peu de musées et un choix assez réduit d’endroits où boire un verre le soir. Il y a par contre une scène musicale très présente : Meghalaya accueille par exemple le festival itinérant NH7 Weekender, et pléthore de festivals plus traditionnels.

Question shopping, il ne faut surtout pas louper les deux bazars qui animent Shillong : Police Bazar (le plus moderne), et Bara Bazar, le plus ancien marché traditionnel du nord-est de l’Inde ! Vous pourrez y trouver toutes sortes de bricoles locales, qu’il s’agisse de vêtements, d’objets d’artisanat ou de nourriture.

Focus sur… les monolithes Nartiang

Aussi fou que cela puisse paraître, cette région (comme si elle n’était pas assez surprenante comme cela !) est aussi le berceau du menhir le plus haut du monde encore debout.

Les monolithes s’étendent sur un diamètre de 100 mètres.
© Crédit photo : Saptarshi Sanyal / Flickr / CC BY 2.0

L’origine légendaire des monolithes Nartiang

La légende raconte qu’un roi Jiantia, U Luh Lyngshkor, demanda jadis à une vieille dame un parapluie pour s’abriter de la pluie. Celle-ci lui aurait répondu que, puisqu’il était fort comme un boeuf, il n’avait qu’à prendre une pierre et la porter à bouts de bras au-dessus de sa tête pour s’abriter, ce qu’il fit. Quand la pluie cessa, il reposa la pierre bien droite dans le sol.

D’un point de vue historique, on a estimé l’âge de ces dolmens et menhirs à quelques siècles. Ils auraient été érigés durant le règne des rois Jiantia entre 1500 ap. J.C. et 1835 ap. J.C. avant que la région ne soit annexée par la Compagnie britannique des Indes orientales. Ils sont donc bien plus récents que les monolithes que nous connaissons en Europe.

Ces étranges pierres se dressent sur les Jaintia Hills, dans le village de Nartiang qui se situe à 65 km de Shillong. Il existent d’autres structures de ce type dans la région, mais celles-ci sont les plus impressionnantes : le plus haut menhir mesure 8 mètres de haut ! Il aurait été placé ici par le lieutenant U Mar Phalyngki afin de célébrer une victoire militaire.

En conclusion, Meghalaya est une destination faite pour vous si :

  • Vous n’avez pas peur d’être mouillé
  • Vous avez envie de visiter l’Inde mais n’aimez pas la foule
  • Vous êtes une femme et souhaitez visiter une Inde plus avenante envers les dames
  • Vous recherchez des décors dignes d’un film d’Indiana Jones
  • Vous aimez la spéléologie
  • Vous êtes un adepte d’écotourisme

Vous n’avez plus qu’à enfiler vos bottes en caoutchouc ! N’hésitez pas à venir raconter votre expérience en commentaire si vous êtes déjà allé au Meghalaya et à poster un lien vers un article que vous avez écrit sur le sujet afin d’alimenter cette petite “encyclopédie” 🙂

Pour aller plus loin

Wikipédia : page Wikipédia sur la région du Meghalaya (EN)
Diplomatie.gouv : la page du gouvernement sur la situation en Inde(FR)
Office du tourisme du Meghalaya : site officiel (EN)
Gouvernement du Meghalaya : site officiel (EN)
Shillong Times : un des principaux médias de la région (EN)


© Crédit photo : Alexander / stock.adobe.com

One comment

  1. Merci pour cet article qui donne envie d’explorer la région ! J’avais entendu parler des ponts-arbres mais ne me rappelais plus du lieu. Je posterai un autre commentaire à mon retour d’Inde !

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