Europe

Svalbard, royaume norvégien de l’ours polaire

Svalbard, Norvège

Le premier challenger de Zone Blanche est tout blanc, tout froid, et bien difficile à atteindre ! L’archipel norvégien du Svalbard est presque voisin du pôle Nord et flirte avec l’océan Arctique. Une position géographique ingrate, mais qui, paradoxalement, a suscité la convoitise de bien des nations. Bienvenue dans un territoire unique en son genre, disputé entre les humains et les ours polaires.

Présentation générale du Svalbard

Localisation de Svalbard
Oui, c’est ce gros gloubiboulga blanc.

Comme tout archipel qui se respecte, le Svalbard (“Côtes Froides”) est constitué d’un groupement d’îles dont trois principales : Spitzberg (“Montagnes Pointues”), où vit la totalité des habitants et qui sera le cœur de mon article, Edgeøya (“Île du Bord”), et Nordaustlandet (“Terre du Nord-Est”). A titre indicatif, il existe une autre île bien plus au sud de l’archipel qui compte… 9 habitants (en 2008) : Bjørnøya (“Île aux Ours”). Doté d’un paysage atypique, comme taillé à la machette au cœur même des glaciers qui occupent 60 % du territoire de 60 000 km², le Svalbard a de nombreux atouts pour attirer les curieux, mais ce n’est pas que l’effet “carte postale” qui a attisé mon intérêt sur cet endroit.

Longyearbyen, Svalbard
Panorama de la ville de Longyearbyen.
© Marcela Cardenas / Nordnorge.com

Ce qui fait la spécificité du Svalbard

  • C’est une zone (quasi) neutre
    Est-ce à cause de son éloignement du continent, ou des conditions météorologiques extrêmes ? Toujours est-il que le Svalbard est norvégien sans être norvégien. En raison du traité du Svalbard signé en 1920, l’archipel est devenu une zone démilitarisée autonome, dont le chef-lieu est en démocratie locale depuis 2002, et est exempté de TVA. De plus, n’importe qui, de n’importe quelle nationalité, a le droit d’exploiter les ressources présentes en dehors des réserves naturelles. La Russie ayant bien compris ce principe, il y avait plus de Russes que de Norvégiens dans l’archipel jusque dans les années 90 ! En plus, aucun visa ou permis de travail n’est nécessaire pour s’y installer. Pensez-y si vous devez changer de vie un jour, personne n’ira vous embêter là-bas !
  • Les ours polaires y sont légion
    3 000 ours polaires pour 2 642 habitants. Une raison suffisante pour ériger des panneaux de signalisation rien que pour avertir de leur présence, mais aussi pour rendre obligatoire le port d’un fusil pour toute sortie à l’extérieur : les attaques, bien que rares, existent. Malheureusement, j’imagine que leur population risque de chuter au cours des années à venir à cause du réchauffement climatique, entraînant la fonte de la banquise qui est leur milieu de chasse naturel. De plus en plus d’ours affamés et maigrichons sont repérés, au Svalbard et ailleurs.
Panneau de signalisation d'ours polaire, Svalbard
Les fameux panneaux de signalisation : “S’applique à l’ensemble de Svalbard”.
© Kitty Terwolbeck / Flickr
  • Les scientifiques s’y amusent comme des petits fous
    Aller au Svalbard, pour un géologue, c’est un peu comme fêter Noël avant l’heure. Le fait que la végétation soit inexistante permet d’accéder plus facilement aux roches, permettant ainsi de remonter jusqu’à -500 millions d’années, même si le pergélisol rend les choses compliquées ! Les paléontologues ont eux aussi droit à leur terrain de jeu : de nombreux fossiles d’êtres vivants ont été découverts (accompagnés de leurs garde-manger végétaux), dont des dinosaures.  Quant aux ornithologues, ils peuvent bénéficier de la plus grande diversité d’oiseaux de l’Atlantique Nord à étudier ! Une université spécialisée en géologie, biologie et géophysique a même été créée dans la ville principale Longyearbyen en 1993.

Le Svalbard au fil des siècles

La première découverte vérifiable du Svalbard revient au navigateur néerlandais Willem Barentsz, datée de 1596, alors qu’il cherchait une route plus sûre pour aller en Asie. Des théories affirment que des sagas islandaises parlent du Svalbard, d’autres que ce sont les colons russes Pomors qui auraient trouvé l’archipel au XIIIe siècle, mais rien n’a été prouvé. Ce dont on est à peu près sûr, c’est qu’aucun humain n’a habité durablement sur l’archipel, jusqu’à récemment.

Depuis sa découverte, les pêcheurs de baleines de diverses nations s’en sont donné à cœur joie, principalement entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Du fait de sa position géographique privilégiée, le Svalbard a également été le point de départ de beaucoup d’expéditions d’exploration en Arctique, dont un survol raté du pôle Nord en ballon à hydrogène. La découverte de charbon sur l’archipel a par la suite entraîné une activité humaine beaucoup plus soutenue lors de l’ère industrielle, donnant naissance à la plupart des hameaux du territoire en tant que cités minières, dont la plupart sont abandonnées aujourd’hui. L’indépendance de la Norvège gagnée en 1905 posa la question de la souveraineté du Svalbard. Il faudra attendre 1920 pour que soit signé le Traité du Svalbard, plaçant l’archipel sous la coupe de la Norvège. Il exclut pour toutes les nations signataires la possibilité d’y mettre en place une activité militaire .

Rails d'une mine de charbon, Svalbard
Les rails d’une mine de charbon abandonnée à Grumantsbyen.
© Kitty Terwolbeck / Flickr / CC BY 2.0

Le respect de cette clause n’a pas fait long feu puisque lors de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont utilisé le charbon de l’archipel pour soutenir l’effort de guerre, et y ont tout comme les Alliés construit des stations météo à des fins stratégiques pour mieux prévoir leurs attaques. Malgré la victoire des Alliés, de gros dégâts ont été occasionnés dans plusieurs villes durant cette guerre météorologique. La fin de la guerre signe la reprise de l’exploitation de charbon, secteur encore en activité aujourd’hui mais subissant une crise sans précédent.

Le Svalbard fait depuis l’objet de nombreux conflits entre la Russie et la Norvège, qui heureusement se sont cantonnées à des allers-retours de courriers. Aujourd’hui, l’économie de l’archipel tourne en majorité grâce au tourisme, à la recherche et à l’extraction de charbon.

La boîte à outils de l’explorateur

LangueLe norvégien est la langue officielle, mais du fait de la présence de nombreuses nationalités différentes (environ 40), d’autres langues sont également parlées. Vous y retrouverez pêle-mêle du russe, de l’anglais, du français, mais aussi d’autres langues plus exotiques comme le… thaï. J’avoue que je ne comprends toujours pas comment 70 Thaïlandais se sont retrouvés au Svalbard, mais j’admire leur capacité d’adaptation étonnante.
MétéoSitué au-dessus du cercle polaire arctique, le Svalbard connait la nuit polaire (de fin octobre à mi-février) et le soleil de minuit (de fin avril à fin août). Les températures sont quelque peu adoucies du côté ouest grâce à l’action du courant marin Gulf Stream.

En été, le gel est exceptionnel, il y fait en moyenne 5°C, mais gare aux nuages qui font vite chuter les températures ! En hiver, la moyenne est de -15°C. Si vous êtes vraiment frileux, évitez février et mars (jusqu’à -40°C). Pour les aurores boréales, décembre serait le meilleur mois.
ArgentLa devise en vigueur est la couronne norvégienne (NOK). Comme tout endroit isolé, le Svalbard est cher, encore plus que la Norvège, car il doit importer de nombreux produits. Dans tous les cas, prévoyez un (gros) budget.
NourriturePhoque et renne sont les spécialités locales, mais on peut y manger à peu près de tout dans les divers restaurants de Longyearbyen, sans compter les bars où vous pourrez acheter de l’alcool au tarif duty-free. Concernant l’eau, celle du robinet est potable. Si vous partez en expédition sur un glacier, vous aurez peut-être même l’occasion de tester une boisson unique à base de glace de glacier.
ConnectivitéLes hébergements ont pratiquement tous le wifi. Un spot wifi public et des ordinateurs sont également disponibles à la bibliothèque municipale de Longyearbyen. Enfin, les portables devraient aussi capter le réseau, mais seulement dans les villes.
SantéUn hôpital qui fait aussi pharmacie se trouve à Longyearbyen, sinon les médicaments de base sans ordonnance peuvent s’acheter au supermarché local.
Coutumes localesIl est d’usage d’enlever ses chaussures en entrant dans la plupart des bâtiments (bibliothèque comprise).

Un peu de logistique…

Comment va-t-on au Svalbard ?

En théorie, n’importe quel citoyen d’un pays signataire du traité du Svalbard peut y aller. En pratique, passer par la Norvège est le seul moyen de s’y rendre, il faut donc se renseigner sur l’obtention d’un visa si vous êtes résident d’un pays non Schengen. Attention donc, car si la Norvège est estampillée Schengen, Svalbard en est exclu et nécessite un passeport !

L’avion est le seul transport possible pour rejoindre Longyearbyen depuis Oslo ou Tromsø, mais les liaisons sont quotidiennes. Les prix, donnés ici à titre indicatif, commencent à 140 € l’aller-retour depuis Oslo avec Norwegian mais grimpent vite si vous n’avez pas le choix des dates, contre 200 € à 400 € l’aller-retour avec FlySAS (tarifs en 2019). Partir depuis Tromsø, bien que plus proche, n’est pas moins cher. Une fois arrivé à Svalbard, des bus et taxis font la navette entre l’aéroport de Longyearbyen et la ville.

Quant aux transports sur place, les routes sont inexistantes entre les différentes villes du Spitzberg, rendant difficile le déplacement en voiture. Il est possible toutefois de louer des 4×4. Mais vous pouvez aussi louer des chiens de traîneaux, c’est plus classe ! Sinon, il faudra compter sur le bateau (quand la banquise le permet) les motoneiges et les transports aériens comme l’hélicoptère.

Où dormir au Svalbard ?

Maisons de Longyearbyen
Les jolies maisons colorées typiques de Longyearbyen.
© Frank Andreassen / Nordnorge.com

Il n’y a pas beaucoup de possibilités d’hébergement, aussi mieux vaut s’y prendre à l’avance. En 2019, seule une dizaine d’hébergements sont référencés sur Booking, pour des prix moyens de 150 € la nuit. Mis à part les hôtels classiques, on peut aussi chercher du côté des appartements, des auberges, des huttes de trappeurs, des chalets, et il y a même un camping ! La majorité d’entre eux sont à Longyearbyen, excepté deux hébergements à Barentsburg et à Pyramiden.

Les petites bourses devront se tourner vers le camping de Longyearbyen qui coûte 15 € la nuit en haute saison, même s’il faut payer en plus pour l’eau chaude de la douche. En-dehors de la haute saison, le camping est gratuit, mais la cuisine et les douches sont fermées. Et comme il n’y a pas d’eau en basse-saison, pas de toilettes non plus (direction la plage !). Si jamais vous avez quand même le courage de camper en milieu polaire, vous pouvez devenir un vrai Scandinave et épater la galerie en obtenant votre Arctic Naked Bathing Club Certificate. Il suffit de plonger tout nu dans l’océan depuis la plage du camping et de nager quelques brasses. Si vous réussissez, le staff vous offre une douche chaude et un diplôme. 😉

A faire au Svalbard

Sortie en motoneige à Svalbard
Sortie en motoneige dans les environs de Longyearbyen.
© Marcela Cardenas / Nordnorge.com

De nombreuses activités sont proposées aux touristes, de plus en plus nombreux chaque année (67 400 en 2017). La plus populaire est probablement la randonnée sous diverses formules : à pied, en vélo, en raquettes, en ski, à cheval, en traîneau à chiens, ou en motoneige, certaines randonnées incluent même une “chasse au fossile”. Les amateurs de spéléologie pourront quant à eux explorer des grottes au cœur des glaciers. Lorsque les glaces fondent, rendant la ville accessible en bateau, on peut embarquer pour une croisière ou opter pour une balade en zodiac ou en kayak. Certaines de ces croisières permettent de poser le pied sur les deux autres îles principales Edgeøya et Nordaustlandet. Si vous voulez vraiment pousser le côté sportif de votre séjour, je vous recommande le marathon en ski (avril ou mai) et le marathon du Spitzberg (juin).

En dehors de l’aspect nature, on peut explorer les vieilles mines ou les anciens villages qui ont été désertés comme la très plébiscitée station russe Pyramiden, ce qui devrait intéresser les amoureux de l’exploration urbaine. Une escapade à Ny Ålesund, la ville la plus septentrionale, permet d’observer les scientifiques à l’œuvre.

Pyramiden, Svalbard
Une statue de Lénine observe les alentours de Pyramiden.
© Marcela Cardenas / Nordnorge.com

Ces activités sont proposées en tours guidés. Certaines ne se font que s’il y a suffisamment de participants, il est donc recommandé de s’inscrire à l’avance. Vous pouvez également faire le choix de partir seul, à vos risques et périls. Afin d’assurer vos arrières, vous êtes tenu en cas de trip solo en dehors de la zone centrale du Spitzberg d’en aviser le Gouverneur du Svalbard. Vous allez certainement devoir prendre une assurance et fournir une caution au cas où les secours soient obligés de venir vous chercher. Rappelez-vous, une rencontre avec un ours peut vite arriver…

Côté culturel, plusieurs musées sont ouverts au public. Longyearbyen en abrite deux : le Svalbard Museum et le North Pole Expedition Museum. Une galerie d’art propre à la population locale existe également. Ny Ålesund propose aussi un musée, le Ny-Ålesund By- og Gruvemuseum, sur sa propre histoire. Concernant Barentsburg, il semblerait que la ville bénéficie d’une aura particulière due à son ambiance russe. En plus du Barentsburg Pomor museum, se balader dans les rues donnerait l’impression d’une immersion dans l’ex-URSS.

C’est incroyable de constater qu’une terre aussi peu peuplée et aussi climatiquement hostile dispose d’un tel éventail de possibilités !

Focus sur… le Svalbard Global Seed Vault

En février 2008 a ouvert près de Longyearbyen une structure qui fleure bon le post-apocalyptique : la réserve mondiale de semences du Svalbard, alias la chambre forte du jugement dernier ou l’arche de Noé végétale (sympa non ?). Le but de ce coffre-fort immense est d’anticiper les aléas du futur (destruction d’une banque génétique, maladie, catastrophe naturelle…) en conservant une copie de la plupart des variétés de graines du monde entier. En 2019, cette banque abrite la bagatelle de 983 500 échantillons !

Le lieu est idéal pour héberger ce back-up titanesque. Le froid permanent permet, même en cas de panne du système de refroidissement, de conserver les graines pendant plusieurs semaines dans des températures négatives. Et comme c’est loin de tout, il sera difficile de faire “sauter la banque” ! L’idée séduit, si bien qu’en 2017 un second bunker a vu le jour pour stocker notre mémoire digitale : le Arctic World Archive.

L'entrepôt de semences de Svalbard
L’entrée du Svalbard Global Seed Vault ressemble à un artefact extraterrestre.
© Christopher Michel / Flickr / CC BY 2.0

Je ne sais pas si cela doit être “rassurant” que de telles initiatives existent, car elles mettent bien en exergue le fait que le monde va mal, et qu’une catastrophe peut se produire à tout moment. Le premier retrait de l’histoire de la réserve a d’ailleurs déjà eu lieu en 2015, lorsque la banque de semences d’Alep en Syrie a été détruite.

Malheureusement, il y a un hic à cette initiative sensée protéger l’Humanité de la faim, et de taille… Une telle installation coûte cher, tout comme l’acheminement des graines. Même si le gouvernement de la Norvège a pris en charge la construction du bâtiment, ce sont aujourd’hui des industriels multimilliardaires versés dans les OGM invasifs qui signent les plus gros chèques et envoient les plus gros colis, parmi lesquels Syngenta, Dupont Pioneer, mais aussi la fondation de Bill Gates qui a un (très gros) portefeuille d’actions chez… Monsanto. On espère donc que la banque n’aura jamais à ouvrir ses portes en grand pour renflouer nos champs. Ce qui est sûr, c’est que pour un bunker censé survivre à l’Humanité, il a déjà eu des démêlés en 2017 à cause d’une inondation causée par… le réchauffement climatique.

Comme il s’agit tout de même d’une bien curieuse installation, je vous propose d’enfiler votre bonnet en laine et une doudoune, et de partir à la visite de la banque reconstituée en 3D via le site officiel !

C’est comment d’habiter à Svalbard ?

Une terre pour les apprentis Chuck Norris

Autant annoncer la couleur tout de suite : Svalbard n’est pas une terre d’accueil pour les “faibles”. N’importe qui peut s’y installer, tant qu’il est capable de subvenir à ses propres besoins, car c’est une petite communauté qui ne peut supporter le poids économique d’une personne inactive. Il n’y existe donc pas de chômeurs. Les personnes usant de drogues ne sont pas non plus tolérées, et peuvent être expulsées manu militari du territoire par le Gouverneur du Svalbard. L’économie locale est également touchée de plein fouet par la chute du cours du charbon, et les habitants ont peur que les mines ferment même si la Norvège injecte un montant considérable chaque année pour maintenir l’activité minière (et ainsi sa position stratégique dans le Grand Nord). Le tourisme semble être la voie de repli principale à l’heure actuelle, boosté par l’éclipse totale solaire de mars 2015. Il y a même un événement Facebook comptant 120 000 participants pour la prochaine, en… 2061.

Vivre dans un tel environnement nécessite de se montrer particulièrement responsable. Ainsi, tout déclenchement d’une alarme incendie sera assorti d’une amende de 11 000 couronnes (1 160 €…). Les maisons étant souvent en bois et l’air très sec, on ne rigole pas avec ça. L’excellent site d’actualité IcePeople.net relate d’ailleurs l’histoire d’un citoyen qui, rentré ivre à 2h du matin, a mis une pizza au four et l’a oubliée, se retrouvant délesté d’une sacrée somme lorsque les pompiers se sont déplacés pour rien…

Une météo capricieuse

Il n’y a pas cependant pas que des alarmes et du Gouverneur dont il faut se méfier. Le climat est à lui tout seul un sacré adversaire quand il s’y met. En plus du froid et du risque de se casser la figure dès qu’on pose le pied dehors, il faut compter avec les tempêtes qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. Le 19 décembre 2015, une tempête particulièrement virulente a déclenché une avalanche mortelle qui a emporté une dizaine de maisons. Imaginez le désastre dans une ville de seulement 1 900 âmes. Ci-dessous, une vidéo prise lors de cette fameuse tempête, pour vous faire une idée…

Ce qui est beau, c’est de constater la solidarité dans cette communauté : chacun y a mis du sien pour secourir et reloger les victimes, et aider à déblayer. Face à l’adversité, sans nous serrer les coudes, nous ne sommes plus rien, et une escapade au Svalbard aide probablement à acquérir un peu d’humilité vis-à-vis de notre planète.

Être un pion dans un jeu d’échecs

Ce qui doit aussi être compliqué lorsque l’on vit au Svalbard, c’est de ne pas savoir au juste à quelle sauce on va être mangé sur le grand échiquier politique mondial. Les tensions historiques avec la Russie ont tendance à se raviver suite à des mouvements militaires suspects, tandis que la Chine est soupçonnée d’avoir hacké un satellite de la NASA via la station terrestre de communication par satellite SvalSat. Voici un super article qui explique comment la Norvège calme le jeu avec la Russie.

La fonte des glaces permettra dans un futur plus ou moins proche de circuler plus facilement dans les eaux du Grand Nord, et beaucoup de nations semblent vouloir s’y faire une place de choix en visant le Svalbard en tant que territoire stratégique. De plus, les habitants seraient assis sur une des plus grosses réserves de pétrole jusqu’alors non exploitées. Événement tout à fait inquiétant, la cinglée des missiles, alias Corée du Nord, vient tout juste de signer le traité du Svalbard, officiellement pour exploiter les eaux poissonneuses et le charbon.

La méconnaissance provenant du monde extérieur

Totalement habitués à leurs conditions de vie, le visionnage de vidéos censées représenter la vie au Svalbard est un sport qui semble apprécié des locaux. Un article d’IcePeople.net décortique point par point la série TV Fortitude supposée se dérouler au Svalbard, et permet, au travers des anecdotes ici et là, d’en apprendre un peu plus sur la VRAIE vie sur place. On y apprend par exemple qu’un touriste téméraire a jugé utile de sortir uniquement armé d’une poêle en fonte pour se défendre face aux ours. Que les habitants en ont marre que les touristes se pointent en cherchant des pingouins. Ou qu’ils craignent la possibilité qu’un virus inconnu soit libéré lors de la fonte des glaces et anéantisse tout le monde.

Famille d'ours polaires à Svalbard
“Maman, pourquoi le monsieur là-bas il a une poêle ?”
© Asgeir Helgestad / Artic Light AS / Visitnorway.com

Le manque de connaissances des touristes sur la vie au Svalbard est non seulement dangereux pour eux-mêmes, mais aussi pour les autres. C’est pourquoi le Svalbard Environmental Protection Fund a investi dans la création de la minisérie Sval&Bard en stop-motion, expliquant avec humour ce qu’il faut faire et ne pas faire quand on décide de passer quelques jours sur l’archipel. Même si la plupart relèvent du bon sens, je vous encourage à y jeter un œil à la chaîne Youtube !

En conclusion, le Svalbard est fait pour vous si :

  • Vous n’avez rien contre le froid et la glace et êtes en bonne condition physique
  • Vous aimez observer moult animaux “exotiques” dans leur milieu naturel : ours polaires, rennes, renards arctiques, phoques, baleines… et plein d’oiseaux (attention à la sterne arctique qui n’hésite pas à attaquer pour éloigner les intrus, ours polaires compris !)
  • Vous voulez faire un saut dans le passé à la recherche de l’ex-URSS
  • Vous aimez les sports d’hiver, les aurores boréales, et les chiens de traîneaux
  • Vous avez besoin de faire des études poussées en géologie arctique
  • Vous avez envie de vivre à la dure et de vous assumer tout seul comme un grand dans une communauté soudée
  • Vous êtes un fan de la saga “A la Croisée des Mondes” de Philip Pullman et avez envie de voir de vos propres yeux le vrai royaume des ours en armure

En résumé, le Svalbard semble être selon moi une magnifique destination à partir du moment où on accepte de laisser derrière soi les sempiternels McDo and Cie tout en bénéficiant tout de même d’un certain confort dans les diverses structures touristiques. C’est une reconnexion avec la Nature dans sa forme la plus hostile, une rencontre déboussolante qui mettra en plus votre horloge interne à rude épreuve. De mon côté, je compte bien viser le Arctic Naked Bathing Club Certificate si j’ai l’opportunité d’y poser le pied un jour :D. Je vous propose de méditer tout cela sur de belles images de l’archipel filmées par Nomade Aventure.

Pour aller plus loin

Svalbard.fr : Un site entier en français sur Svalbard avec actualités et infos utiles (FR)
Visit Norway : La partie consacrée au Svalbard de l’Office du Tourisme norvégien (FR)
WikiVoyage : La page spécifique au Svalbard du WikiTravel (FR)
Visit Svalbard : Site officiel de l’Office de Tourisme (EN)
IcePeople : Un très bon site d’actualité avec plein d’infos croustillantes (EN)
Sysselmannen : Le site du Gouverneur du Svalbard avec les règlementations (EN)
Spitzbergen Svalbard : Un autre site d’infos utiles, notamment sur les expéditions (EN)
UNIS : Site officiel de l’Université de Longyearbyen, et le Facebook avec plein de photos (EN)
Svalbard Posten : Le site d’actualité de référence sur le Svalbard (NO)

Crédit photo : © Noel Bauza / Pixabay

2 comments

  1. Bravo pour cette page,pleine de bonnes informations.
    J’envisage d’aller à Longyearbyen pour faire du chien de traîneau et voir les ours polaires, et je recherche le meilleurs moments pour réaliser ces 2 activités.
    Page très bien organisée.

    1. Bonjour Marie Danielle,

      merci pour votre retour !
      Malheureusement, concernant ces deux activités, je serais bien en peine de pouvoir vous répondre. Je pense que le mieux est de vous rapprocher d’une agence qui organise cela sur place, et qui connait bien mieux la météo.

      Vous pouvez aussi poser la question au compte Twitter de la Norvège qui est en français et a l’air assez réactif : https://twitter.com/lanorvege.

      Bon voyage 😉

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