À 35 km de Cluj-Napoca, troisième grande ville de Roumanie, se cache une des plus fabuleuses mines de sel au monde. « Salina Turda » ne laisse personne indifférent : dans les profondeurs de la Terre, cet univers de néons bleutés a été réhabilité non seulement en un vaste parc de loisirs, mais aussi en un centre d’halothérapie : le soin par le sel !

C’est une bizarrerie qu’il me tardait de voir de mes propres yeux. Cette mine de sel exploitée depuis l’Antiquité est digne d’un film de science-fiction ! Elle accueille désormais non pas des mineurs, mais des curieux qui viennent flâner ou profiter des pistes de bowling, des tables de billard ou faire un tour dans la grande roue futuriste. L’une des « chambres » dispose même d’un lac artificiel où l’on peut pagayer dans une barque. Et tout cela à 120 mètres sous la surface de la Terre, dans une ambiance absolument surréaliste.

En effet, la MOINDRE parcelle de structure (escalier, néon, rambarde) a été recouverte de sel au fil des ans. La mine de sel de Turda est une attraction incontournable pour tous ceux qui visitent la Transylvanie, et j’ai eu le grand plaisir de parcourir ses galeries en janvier 2020 !

Des mineurs de l’Empire romain aux amateurs de bowling des années 2000

Il y a 13,5 millions d’années, dans les tréfonds d’une mer peu profonde jouissant d’un climat tropical, naquirent des gisements de sels. Ils s’étalèrent petit à petit dans le sous-sol de ce qui deviendra la Transylvanie, région illustre de la Roumanie, avec une épaisseur comprise entre 400 mètres et 1 200 mètres. Quelques millions d’années plus tard, au cœur de l’ère de la Rome antique, des hommes découvrent un gisement proche de la surface et ont l’idée d’en exploiter le sel en creusant des chambres allant jusqu’à 34 mètres de profondeur. C’est le début de la grande aventure de Salina Turda !

De l’époque médiévale, peu de traces restent, hormis un document de 1271 indiquant un changement de propriété : le diocèse d’Alba Iulia récupère la mine grâce à un don du roi de Hongrie.

La mine de sel de Turda change à nouveau de propriétaire au XVIIe siècle pour passer sous le giron de l’Autriche : tous les noms des chambres sont modifiés pour rendre hommage aux princes autrichiens. Jusqu’au XIXe siècle, on comptait cinq exploitations souterraines. La galerie principale affiche une longueur finale de 917 mètres, dont seuls 67 mètres sont inaccessibles au public.

En 1932, l’exploitation de sel s’arrête et la mine devient un abris= de fortune pour les habitants de Turda lors de la Seconde Guerre mondiale. Sous le régime communiste, Salina Turda est reconvertie en cave d’affinage de fromages.

Il faut attendre 1992 pour que la mine de Turda ouvre au grand public, cette fois-ci pour son attrait touristique et ses nombreuses vertus thérapeutiques. Les pistes de bowling, tennis, billard, et mini-golf font le bonheur des familles qui n’hésitent pas à s’enfoncer six pieds sous terre pour leur promenade dominicale.

Portrait robot : quelques parties incontournables de Salina Turda

Mine de Joseph

Nommée en l’honneur de l’empereur germanique Joseph II, l’extraction de sel y a débuté en 1720. Ce puits impressionnant est doté d’une acoustique toute particulière, permettant d’entendre un écho jusqu’à une vingtaine de fois. D’où son surnom « la Chambre de l’Écho » (vous pouvez entendre un exemple ici, mais attention c’est fort !). Si vous ne la trouvez pas, il suffit de suivre les hurlements des gens 😉

Mine de Joseph, Salina Turda
Les reflets étranges sur les parois de sel de la mine de Joseph.

Salle du chariot

Au centre de cette salle, une machine en bois construite en 1881 afin de tracter les wagons de 500 kg jusqu’à la surface grâce à un système de treuil. Elle fonctionnait à l’aide de chevaux. Il s’agit de la seule construction de ce type en Europe à avoir été laissée à sa place initiale.

Salle du chariot, Salina Turda
Le treuil d’époque de la salle du chariot (sans les chevaux of course).

Chambre de l’appel

Il s’agit du point d’accès pour la mine Rudolf et permettait de surveiller les allées et venues des mineurs, l’endroit idéal pour « faire l’appel » ! Un autel sculpté dans le sel y a été installé pour recueillir les prières de mineurs en route pour le travail.

L'autel de Salina Turda
L’autel où venaient prier les mineurs, parfois accompagnés d’un prêtre.

Mine Rudolph

Cette chambre ouverte en 1854 a une forme novatrice pour l’époque : parallélépipède, au lieu de la traditionnelle forme de cloche, qui promettait un rendement bien supérieur. Deux escaliers de 13 étages permettent de se rendre au fond de cette mine (toujours d’usage aujourd’hui à moins de préférer l’ascenseur). À chaque palier creusé au fil de l’exploitation, l’année correspondante a été gravée sur le mur de sel. Les rambardes, prises dans le sel, sont étonnamment lisses et agréables au toucher !

Mine Rudolph, Salina Turda
C’est en descendant à pieds les 13 étages que l’on a la meilleure vue sur la mine Rudolph. Et que l’on remonte littéralement le temps en voyant les dates gravées aux murs.

Mine Theresa

C’est la plus ancienne chambre de la mine de Turda, il vous faudra descendre encore 13 étages pour y accéder. L’exploitation du sel y débuta en 1690, jusqu’en 1880. Après quoi, elle devint une zone de stockage pour les blocs de sel inutilisables découpés lors de l’agrandissement de la galerie Franz Joseph. Un lac, créé par des infiltrations d’eau, s’est formé au fond de la mine avec une île artificielle de sel en son centre. La concentration de sel de cette eau est de 260 gr/L (en comparaison, la mer Morte est à 275 gr/L !). Régulièrement, de petites gouttelettes chargées de sel vous atterriront sur la tête. Ne portez pas de fringues fragiles 😉

Mine Theresa, Turda
Du haut du balcon de la mine Theresa, on a une vue imprenable sur le lac en contrebas.

Salina Turda et ses bienfaits thérapeutiques

Si l’halothérapie se pratique déjà dans de nombreux spas grâce aux murs de sel artificiels, c’est encore mieux de se rendre au cœur d’une mine pour en ressentir les propriétés. L’air ambiant étant toujours à la même température (11°C – 12 °C) avec un taux d’humidité stable (78 – 82 %) et dépourvu d’agents allergènes, l’organisme ne risque pas d’être bousculé. Toute personne ayant des affections respiratoires sera ravie de respirer à pleins poumons dans les profondeurs de Salina Turda ! Idem pour celles qui sont prédisposées aux petits soucis cutanés, comme l’eczéma ou la dermatite.

Des cures de spéléothérapie (technique impliquant la respiration à l’intérieur d’une grotte) sont possibles dans le centre dédié de la mine de Turda. S’enfoncer dans ce dédale de galeries souterraines pour soigner les voies respiratoires peut sembler contre-nature, et pourtant, j’ai ressenti un grand bien-être m’envahir à une période où j’avais le souffle court ! L’air semble effectivement très “pur”, on ne s’attend pas du tout à ça quand on part dans une mine.

Centre de soin de Turda
Le centre de soins de Salina Turda. Meilleur bunker anti COVID-19 ?

Un peu de logistique…

Comment aller à Salina Turda ?

Il y a deux entrées pour accéder à la mine de sel de Turda : l’ancienne (GPS : 46.583742,23.776267) et la nouvelle (GPS : 46.588833,23.787632). La mine est ouverte tous les jours entre 9h et 17h, avec une dernière admission à 16h. Des casiers gratuits vous permettent de vous alléger avant de descendre dans les profondeurs.

Il n’y a pas de gare de train à Turda. Pour ceux qui ne sont pas motorisés, il existe néanmoins des navettes reliant Cluj-Napoca à Turda. C’est un peu compliqué de les trouver, donc voici mon bon plan :

  • À Cluj, allez au croisement entre Piaţa cel Ştefan Mare et Strada Ion I. C. Brătianu (GPS : 46.7695475,23.5971425). Il y a un arrêt pour un minibus FANY : il n’y a pas de marquage, mais d’autres personnes attendent sûrement déjà. Comptez 9 Lei (1 € 90), à payer directement au conducteur à l’aller ET au retour.
  • Après 25 min de trajet, une fois à Turda, arrêtez-vous en face du Salis Hotel & Medical Spa (GPS : 46.579752, 23.770770). L’arrêt est non marqué, mais d’autres descendront aussi.
  • Marchez 10 min pour rejoindre l’ancienne entrée de Salina Turda. Il n’y a qu’à pendre la rue Piata Basarabiei et aller tout au bout.
  • Pour le retour, attendez le minibus FANY au même endroit que là où vous êtes descendu, mais de l’autre côté de la rue. Il y a un petit mémorial sur le trottoir et un marquage « BUS » dessiné sur la route.
  • Les minibus font pas mal d’allers-retours. Voici les horaires que j’ai pris en photo une fois dans le minibus.

Combien coûte Salina Turda ?

Pour une journée, l’entrée à la mine de sel de Turda est de 40 lei (8 €) pour les adultes, 20 lei (4 €) pour les enfants, étudiants et seniors. C’est gratuit pour les moins de 3 ans. Toutes les attractions du parc (bowling, golf, etc.) sont payantes. Un petit kiosque se trouve au fond de la mine Rudolph, vous pouvez aussi y acheter des souvenirs si vous voulez.

Où dormir à Salina Turda ?

Comme beaucoup de touristes en cette période, j’ai dormi à Cluj-Napoca. En plein été, une escale plus longue à Turda peut être une bonne idée, car il y a beaucoup de randonnées à faire dans le coin. En tout cas, l’hébergement n’est généralement pas très cher. J’étais dans une auberge de jeunesse, plutôt bien située à Cluj, et ça m’a coûté 51 € pour 3 nuits.

Cette visite dans la mine de sel de Turda était le point d’orgue de mes quelques jours passés à Cluj-Napoca. J’avais entendu parler de cette endroit en feuilletant mon Atlas Obscura (ma bible des atlas de voyage, dont j’ai parlé ici) et j’ai fais le voyage exprès pour elle. Et je ne regrette RIEN ! 😀

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